Détection14 juin 2026 · 8 min de lecture

Cartographier vos alertes sur MITRE ATT&CK

Un guide pratique pour projeter vos détections sur la matrice et repérer vos angles morts.

Par Hakim Djelili

Le problème

Beaucoup de règles, aucune carte

La question qu'un dirigeant ou un auditeur finit toujours par poser est simple : « contre quoi sommes-nous couverts ? » Et la réponse honnête d'une équipe qui n'a pas cartographié est : « on ne sait pas exactement ». On connaît le nombre de règles, le volume d'alertes, parfois le taux de faux positifs, mais pas la forme de la couverture.

200+
techniques ATT&CK
dans la matrice Enterprise ; personne ne couvre tout, et ce n'est pas le but
~20 %
des techniques
concentrent l'essentiel des règles d'un SIEM non cartographié : tout le monde détecte les mêmes choses
0 règle
sur des tactiques entières
ce que révèle presque toujours un premier mapping, souvent persistance et exfiltration
La méthode

Mapper règle par règle, en trois passes

Le mapping n'est pas un projet de six mois. C'est un exercice itératif qui se fait en trois passes :

  • **Passe 1, l'évidence.** Chaque règle dont le nom cite déjà une technique (brute force, PowerShell encodé, création de compte…) reçoit son ID ATT&CK. Couvre 50 à 60 % du parc en quelques heures.
  • **Passe 2, la source de données.** Pour les règles restantes, partez de ce que la règle observe (logs d'authentification, DNS, EDR process…) et croisez avec les data sources documentées par MITRE pour chaque technique.
  • **Passe 3, l'arbitrage.** Les règles génériques (anomalie de volume, seuil…) couvrent plusieurs techniques faiblement. Notez-les comme couverture partielle, jamais comme couverture pleine.

Ce dernier point est le cœur de la discipline : le mapping doit distinguer « j'ai une règle qui peut voir ça » de « j'ai une règle conçue pour détecter ça ». Confondre les deux produit une carte rassurante et fausse.

Les pièges

Trois erreurs qui rendent la carte inutile

PiègeCe que ça produitLe correctif
Compter les règles, pas la qualitéUne case « couverte » par une règle désactivée ou noyée de faux positifsPondérer chaque mapping par l'état réel de la règle (active, bruit, testée)
Cartographier une foisUne carte musée, périmée au premier changement d'infraFaire du mapping un champ obligatoire à la création de chaque règle
Viser 100 % de la matriceDes règles cosmétiques créées pour colorier des casesPrioriser les techniques des groupes qui ciblent votre secteur
La lecture

Une carte se lit par chemins, pas par cases

Une fois la matrice colorée, la mauvaise lecture est de compter les cases vertes. La bonne lecture est de suivre les chemins d'attaque : un attaquant enchaîne accès initial → exécution → persistance → mouvement latéral → exfiltration. Si votre couverture est excellente sur l'exécution mais nulle sur le mouvement latéral, l'attaquant n'a qu'à passer la première porte discrètement ; ensuite, il est invisible.

Chemin d'attaque à travers la matrice ATT&CKCinq tactiques ATT&CK en colonnes. Chaque cellule représente une technique. Les cellules pleines signalent une règle de détection dédiée, les cellules hachurées une couverture partielle, les cellules vides un trou. Un chemin d'attaque traverse les tactiques par les cases faibles ou vides.Accès initialExécutionPersistanceMvt latéralExfiltrationrègle dédiéecouverture partielleangle mortchemin d'attaque

C'est exactement la lecture qu'ARTEFACT donne en natif : chaque alerte est positionnée sur la matrice, et la couverture s'affiche par tactique avec les trous en évidence. Pas pour la beauté du dashboard, pour décider quelle règle écrire ensuite.