Méthode22 mai 2026 · 7 min de lecture

NIST, MITRE, Kill Chain : composer sa propre méthode

Pourquoi un seul référentiel ne suffit pas, et comment notre labo les combine.

Par Hakim Djelili

Le malentendu

Un référentiel n'est pas une méthode

Les trois référentiels sont souvent présentés comme concurrents, avec l'idée qu'il faudrait « choisir son framework ». C'est un contresens : ils ne répondent pas à la même question. Les comparer pour en élire un, c'est comparer une carte routière, un dictionnaire et une montre.

RéférentielSa questionSa forceSa limite
NIST 800-61Quand et dans quel ordre agir ?Cycle de vie complet, de la préparation au RETEX ; parle aussi au managementAucun contenu technique : il ne dit pas quoi chercher dans les logs
MITRE ATT&CKQue fait concrètement l'attaquant ?Vocabulaire commun de 200+ techniques, pivots d'investigation concretsPas de séquencement : c'est un dictionnaire, pas un déroulé
Kill chainOù en est la progression de l'attaque ?Lecture stratégique : plus on coupe tôt, moins c'est cherTrop grossière pour guider une investigation ; 7 maillons pour tout l'univers
En pratique

Ce qui arrive quand on n'en a qu'un

On le voit sur le terrain, dans les incidents que nous accompagnons :

  • NIST seul : l'équipe sait qu'elle est « en phase de confinement », mais personne ne sait quel artefact regarder ensuite. La procédure est respectée, l'investigation piétine.
  • ATT&CK seul : l'analyste identifie brillamment T1078, T1135, T1021… mais personne n'a décidé qui prévient la direction ni quand on coupe. Le diagnostic est juste, la réponse est désordonnée.
  • Kill chain seule : on sait que l'attaquant « est en phase 5 », ce qui n'aide ni à le trouver ni à l'expulser.
L'assemblage

Trois couches, une méthode

La combinaison que notre labo a retenue, et qui structure les smart playbooks ARTEFACT, superpose les trois référentiels comme des couches, chacune à son altitude :

Trois couches, une méthodeNIST 800-61 en couche squelette, MITRE ATT&CK en couche contenu, kill chain en couche boussole ; le smart playbook les traverse comme un fil unique.ALTITUDEdéroulé de l'incident →NIST 800-61quand agir ? (phases · reporting)MITRE ATT&CKquoi chercher ? (techniques · pivots)Kill chainoù en est-il ? (progression · urgence)1 playbook
  • **Couche squelette (NIST).** Le playbook suit les phases 800-61 : détection, analyse, confinement, éradication, rétablissement, RETEX. C'est l'ordre des chapitres, et le langage du reporting.
  • **Couche contenu (ATT&CK).** À l'intérieur de chaque phase, les questions et les pivots sont exprimés en techniques ATT&CK. « Analyser » devient : quelles techniques sont confirmées, lesquelles sont probables juste après ?
  • **Couche boussole (kill chain).** La position de l'attaque sur la chaîne pilote l'urgence. Découverte = fenêtre d'action ; exfiltration entamée = tout change, y compris les obligations de notification.
3
référentiels
chacun à son altitude : phases, techniques, progression
1
trame unique
l'analyste ne jongle pas entre trois documents, la méthode est fusionnée dans le playbook